Sandrine Pierrefeu. Capitaine Grand Nord

Elle navigue et écrit sous le sceau de l’authenticité et du rapport à l’autre. Basée en presqu’île de Crozon (29), Sandrine Pierrefeu raconte dans un livre sa première expérience de capitaine de voilier au nord de l’Islande. « Partir 66° Nord », un parcours et une aventure plus que rafraîchissants.

Sedov, Hermione, Europa, Abeille Bourbon, Wilde Swan… On a vu pire CV. Mais Sandrine Pierrefeu, 49 ans, n’est pas du genre à jouer les fières à bras. « La mer a vite fait de vous remettre à votre place ». Et quand on lui demande pourquoi elle a tant attendu avant de devenir capitaine ? La réponse claque comme une drisse mal capelée. « Je ne me voyais pas prendre la barre d’un bateau sans apprendre des autres ».

Mer et écriture entremêlées

 

Méthodiquement, avec la détermination et l’humilité qui la caractérisent, elle multiplie les embarquements comme journaliste ou matelot. Et apprend patiemment aux côtés de ses capitaines-mentors. Yann Cariou (Hermione), Charles Claden (Abeille Bourbon), Yann Danguy (voiliers du père Jaouen) et bien d’autres qui mesurent son écoute et son implication. Elle évoque aussi Olivier de Kersauson qui l’a marquée en interview. « Apprendre de ceux qui ont vu et connu toutes sortes de moments en mer, se nourrir de leurs silences, de leurs gestes… C’est ça qui m’intéresse, comme naviguer à bord de l’Hermione, ce trésor inestimable de l’architecture navale et de la culture maritime ». Tantôt journaliste, tantôt matelot, elle se façonne peu à peu une solide expérience de la mer. À la manière d’un artisan aussi appliqué et rigoureux que possible. « Je tiens ça de mon père ingénieur ». Elle procède de la même manière en écrivant, avec un goût de la description et du récit qui remonte à sa plus tendre enfance.
« J’ai grandi les pieds dans le désert de la Mauritanie. Plus tard, lorsque je rejoignais mon père sur son bateau à Tahiti, j’avais toujours un carnet et des feuilles à remplir pour décrire et rendre compte ». La mer et l’écriture en indéfectible fil rouge…
Sandrine Pierrefeu. 

   Capitaine Grand Nord

La Bretagne, « son pays »

Lorsqu’à 13 ans, elle découvre le majestueux Cap Fréhel (22), la petite Rochelaise sait que la Bretagne deviendra un jour « son pays ». Au lycée, toujours à La Rochelle, elle intègre une section sports Études « planche à voile ». Son Bac C en poche, elle entre à l’école de commerce de Brest, option international. Où elle pratique le surf, la plongée, l’apnée et la voile à la pointe bretonne… La mer et les grands espaces restent son trip absolu.

Après son école de commerce, elle se met à collaborer pour des journaux locaux et piger pour des revues spécialisées dans le domaine maritime. « Le métier de marin n’était pas une proposition que l’on faisait aux filles au moment de mon orientation ». C’est donc passé la quarantaine et par des chemins détournés qu’elle devient matelot professionnel (2013) puis décroche son brevet de capitaine de plaisance en 2017.

Elle vit son premier commandement dans le nord de l’Islande, à bord d’un voilier à passagers qu’elle mène jusqu’au Groenland, dans les eaux du Grand Nord. Sublimes navigations au cœur d’une nature souveraine où la moindre erreur se règle au prix fort (« Partir 66 ° Nord », aux Iles Maginaires, bientôt réédité par Glénat). La capitaine ne cache rien. Ni ses doutes, ni ses hésitations qui font partie du voyage et de la réalité du marin. Elle dévoile son organisation, ses exigences, l’expérience acquise auprès d’Islandais peu bavards. De son récit s’écoule distinctement le temps qui passe, « la plus grande richesse qui puisse être donnée à un marin ».

Sandrine Pierrefeu. 

   Capitaine Grand Nord

Frugalité heureuse

« Ce que tu possèdes te possède ! Depuis des années, j’ai adopté un mode de vie frugal, avec le moins de frais possibles. Je vis dans une petite maison en bois que j’ai en partie construite sur la presqu’île de Crozon, ai récupéré une vieille ZX mais préfère faire du stop ». Elle dispose d’un modeste « Folie Douce » (un voilier de 8 m) amarré dans le port de Morgat et explique qu’elle ne navigue pas pour commander à tout prix. « Je privilégie les équipages, les projets, les navigations ». Elle adorerait naviguer auprès d’Isabelle Autissier, se dit prête à expérimenter les modes de commandement alternatif (gouvernance horizontale)… « Un bateau est un écosystème des plus sensibles, un passionnant laboratoire à vivre ». Pas étonnant, qu’à Crozon, elle ait rejoint un collectif d’artistes et de citoyens engagés sur de salutaires chemins de traverse.

Prochain embarquement de cette baroudeuse aux semelles de vent ? Entre Séville (Espagne) et Camaret (29), aux côtés de délinquants suisses pour un séjour de rupture en lieu et place de la prison… Partager et apprendre de tous. Femme libre, toujours tu chériras la mer !
À lire aussi sous sa plume
« Des bateaux sous la mer », en collaboration avec le photographe Yves Gladu, éditions Le Télégramme, 2001.« L’Hermione, retour aux Amériques », avec Yann Cariou et le photographe Nigel Pert, éditions De Monza, 2015.
« Manuel du gabier de l’Hermione », avec Yann Cariou et Jens Langert, éditions De Monza, 2018.« La mer est vache », éditions Coop Breizh, dessins de Virginie Grossos, 2019.
© Le Télégramme https://www.letelegramme.fr/bretagne/sandrine-pierrefeu-capitaine-grand-nord-12-08-2019-12359515.php#o52m6P4GUZVQGwXq.99

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